Intérêt du dépistage urinaire
Dernière mise à jour décembre 1999
La découverte d'une anomalie urinaire en Médecine du Travail est un mode de révélation fréquent de nombreuses affections urologiques et rénales. L'histoire naturelle des maladies rénales débute par une longue phase silencieuse où le malade n'exprime aucune plainte et où l'examen clinique reste normal. Ce n'est souvent qu'après des mois ou des années que des complications rendent l'affection évidente à un stade qui est alors souvent irréversible. C'est dire l'intérêt de la recherche d'anomalies urinaires lors de tout examen médical.
L'utilisation des bandelettes de détection urinaire se révèle à la fois bénéfique, puisque de nombreuses anomalies peuvent être détectées, et performante grâce au nombre et à la sensibilité des réactifs aujourd'hui à disposition.
Remarque : Deux types de bandelettes sont à votre disposition. Utilisez en 1ère intention les bandelettes simples (à 4 paramètres). Si une anomalie est détectée, compléter avec la bandelette à 8 paramètres.
I. Analyse des urines : recommandations
- Recueil des urines : dans un récipient propre et sec. Si possible les urines du milieu de jet (pour éviter les contaminations du carrefour uro-génital)
- Mode d'utilisation des bandelettes :
- Le respect des temps de lecture est primordial
- Sortir une bandelette du flacon et le reboucher aussitôt. Plonger toutes les zones réactives dans les urines et retirer immédiatement la bandelette.
- Eliminer l'excès d'urine en tapotant légèrement sur le bord du récipient. Puis tenir la bandelette horizontalement.
- Comparer les zones réactives avec les blocs correspondants des échelles colorimétriques sur l'étiquette du flacon aux temps indiqués.
- Remarques importantes :
- Les bandelettes doivent être conservées dans le flacon d'origine avec le desséchant
- Ne pas sortir de bandelette du flacon sans utilisation immédiate
- Le flacon doit être fermé entre chaque analyse
- Pour préserver la bonne réactivité des zones, il est essentiel de conserver les bandelettes à l'abri de la lumière, de la chaleur et de l'humidité, mais en dehors du réfrigérateur.
II. Recherche de Glycosurie
Le test est spécifique au glucose, il ne réagit avec aucune autre substance excrétée dans l'urine. Des urines très diluées (densité <1005) peuvent empêcher la détection d'une faible glycosurie.
La glycosurie apparaît en général lorsque la glycémie (taux de glucose dans le sang) est supérieure à 1,80 g/l. Elle permet ainsi le dépistage du diabète ; associée ou non à une cétonurie, elle nécessite toujours d'être explorée.
La population à risque est le sujet de plus de 40 ans présentant une surcharge pondérale et des antécédents familiaux de diabète.
III. Recherche de Corps Cétoniques
Le test réagit avec l'acide acétylacétique et un peu moins avec l'acétone présents dans l'urine. Certaines urines de forte densité et/ou de pH bas peuvent donner une coloration allant jusqu'à la zone "Traces". Certains médicaments (L-Dopa, Captopril) peuvent donner de faux positifs
A l'état normal, on ne trouve pas de corps cétoniques dans les urines. Cependant une cétonurie "physiologique" peut apparaître dans certains états de stress, les régimes amaigrissants, la grossesse, ou un effort physique intense.
Associée à une forte glycosurie, le test témoigne d'un besoin immédiat en insuline. Il peut s'agir d'un diabète insulino-dépendant déséquilibré, ou inconnu, ou d'un diabète non insulino-dépendant qui devient insulino-dépendant. Une prise en charge rapide est de toute façon nécessaire.
IV. Recherche de Sang dans les urines
Le test réagit avec les globules rouges (détectés par des points verts plus ou moins denses sur la zone réactive jaune) et avec l'hémoglobine et la myoglobine (mis en évidence par une coloration verte homogène) présents dans les urines.
Un sujet normal élimine dans ses urines des globules rouges (jusqu'à 5000/minute). Le test de la bandelette a été ajusté pour repérer un seuil d'élimination supérieur à ce chiffre, même dans les urines de faible densité. En conséquence, on ne doit pas s'étonner de trouver quelquefois dans les urines de forte densité, une hématurie "traces" ou "+", dont le caractère n'est pas forcément anormal. On trouve également souvent du sang dans l'urine des femmes en période de menstruation.
Ce test permet de dépister 3 types d'affections :
- Une pathologie urologique, à tout niveau de l'arbre urinaire, qui peut "faire saigner", qu'il s'agisse de tumeur, calcul ou malformation (reins, vessie, voies urinaires),
- Une infection urinaire, à rechercher en première intention en s'aidant des autres paramètres testés par la bandelette (nitrites, leucocytes),
- Une atteinte rénale, où l'hématurie est souvent associée à une protéinurie.
En cas de positivité, il faudra bien entendu confirmer et quantifier l'hématurie par un examen de laboratoire (ECBU).
V. Recherche d'une Protéinurie
Le test est plus sensible à l'albumine qu'aux autres protéines. Un résultat négatif n'exclut pas la présence de protéines autres que l'albumine.
Elle peut révéler aussi bien une atteinte urologique que rénale :
- Une infection urinaire : associée à une hématurie, une leucocyturie, et/ou la présence de nitrites,
- Une atteinte rénale : elle nécessite un bilan complémentaire.
Toutes les protéinuries ne sont cependant pas préoccupantes :
- Il existe chez tout individu une protéinurie "physiologique" qui peut atteindre 150mg/24h.
- Des protéinuries dites fonctionnelles (liées à l'effort physique, la fièvre) peuvent être observées à tous les âges : elles disparaissent après élimination de la cause fonctionnelle,
- La protéinurie orthostatique se caractérise par une excrétion importante en journée alors qu'elle disparaît quasiment la nuit ou en position allongée.
Ne pas oublier de vérifier le pH (alcalin, il peut entraîner un faux positif) et la densité (>1025), elle peut entraîner des "Traces" non anormales.
VI. Recherche des Leucocytes et Nitrites
Le test de recherche d'une leucocyturie est spécifique des polynucléaires neutrophiles.
Le test de recherche d'une nitriturie est spécifique des nitrites et fondé sur les propriétés de la grande majorité des germes pathogènes urinaires à réduire les nitrates en nitrites.
La présence simultanée de leucocytes et de nitrites constitue une forte présomption d'infection urinaire. L'absence de positivité permet d'éliminer l'infection urinaire dans 98 à 99% des cas.
VII. En Résumé
Paramètres |
Orientations diagnostiques probables |
Glucose |
Diabète |
Corps cétoniques* |
Diabète insulino-dépendant
Jeûne, Hypoglycémie |
Sang |
Tout saignement des voies urinaires (lithiase, tumeur, malformation, anomalie de la coagulation)
Atteinte rénale |
Protéines |
Albuminurie
Certaines insuffisances rénales
Hypertension artérielle |
Leucocytes* |
Infections urinaires |
Nitrites* |
Infections urinaires |
PH |
Normalement compris entre 6 et7
A confronter aux autres paramètres |
Densité urinaire (SG)* |
Indique la concentration des urines
A confronter aux autres paramètres (interprétation des "Traces") |
* En fonction du type de bandelette urinaire